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Leyla McCalla, un ange surgi du bayou

Jeune et jolie dans ses robes fleuries, avec son époux canadien barbu, Leyla McCalla aurait pu n’être qu’un charmant épiphénomène musical. Mais en passant de New York à New Orleans, la talentueuse artiste n’a pas seulement trouvé l’amour, elle a trouvé sa voie. Son épicentre. Sous leurs airs de ritournelles ou de berceuses, sous leur douceur apparente, ses chansons qu’elle accompagne au violoncelle, à la guitare et au banjo, hurlent de rage contre un monde qui n’en finit plus de dérailler. Mais il faut passer par la tempête pour ensuite apprécier le calme. A quatre reprises cette semaine, dans la salle cosy du Duc des Lombards la demoiselle et ses musiciens – Daniel Tremblay & La Bria Bonet – ont envoûté leur public. Ils reviendront en France dès novembre.

Texte & photos: Pamela Pianezza

 

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#Cannes2016 « Aquarius », de Kleber Mendonça Filho: résistance brésilienne

Allez comprendre comment, pourquoi, l’un des plus beaux films de la compétition a pu rentrer bredouille de ce 69ème festival de Cannes. AQUARIUS est le second long métrage du brésilien Kleber Mendonça Filho, cinéaste cérébral à l’humour élégant et discret, passé auparavant par le journalisme, la critique de cinéma et la programmation de films et à qui l’on devait déjà le sublime LES BRUITS DE RECIFE. Ici, Sônia Braga incarne Clara, sexagénaire célibataire, ancienne critique musicale, dont la détermination forcenée à conserver son appartement en bord de mer contrecarre les plans d’un promoteur sans morale. Portrait d’une femme de tête dont l’opiniâtreté donne des envies de résistance, autant que d’un pays névrosé dont la modernité est entravée par une corruption endémique, mis en scène avec force et pudeur, AQUARIUS séduit sur tous les tableaux.

Le film sortira en France le 28 septembre prochain.

Texte & photo: Pamela Pianezza

 

 

 

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#Cannes2016 Julia Ducournau : la classe inclassable (« Grave »)

La révélation de Cannes 2016, c’est elle, Julia Ducournau, une fille brillante au cinéma fonceur*, qui rappelle aux sceptiques bougons que de la Fémis sortent bel et bien des têtes franchement bien faites. Dans GRAVE, son premier long métrage (projeté à la Semaine de la critique, tout comme son court métrage JUNIOR, en 2011), une jeune bizut en école vétérinaire, jusqu’ici végétarienne (jouée par l’excellente Garance Marillier), se découvre des pulsions cannibales après avoir goûté pour la première fois à la viande. Un récit initiatique inconfortable et palpitant, qui sans cesse se joue des frontières de genres, qu’ils soient sexuels ou cinématographiques. Du cinéma dont on ne ressort pas indemne et notre caméra d’or à nous.

Texte & photo : Pamela Pianezza

*Ici, quelques secondes seulement après la première cannoise, longuement ovationnée, de GRAVE.

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#Cannes2016 Edith Scob, la divine (« Le cancre »)

Ce visage… Ces yeux… Edith Scob, dont le monde découvrit d’abord la voix en 1960 dans le formidable LES YEUX SANS VISAGE de Georges Franju (elle jouait derrière un masque) est tout simplement divine. Et élégante. Et touche à tout. Et drôle avec ça. Aussi à l’aise dans le cinéma d’auteur que sur les planches du théâtre expérimental, celle qui incarne une bonne sœur hystérique dans LE CANCRE de Paul Vecchiali (projeté en séance spéciale) et que nous avions récemment adorée en grand-mère indigne et fashion victime dans L’AVENIR de Mia Hansen-Løve, nous accueille d’un : « Dites moi ce que vous attendez de moi. Souhaitez-vous que je fasse la folle ? » Ce à quoi on lui propose plutôt de jouer les cowboys. Et voilà.

 

Texte & photo : Pamela Pianezza

Web Laura Poitras © PAMELA PIANEZZA-1

#Cannes2016 « Risk »: Laura Poitras, sans peur et sans reproche

Oscarisée en 2015 pour CITIZENFOUR, son documentaire sur le lanceur d’alerte Edward Snowden, l’Américaine Laura Poitras poursuit son indispensable travail d’investigation sur les dérives de la surveillance de masse avec RISK, passionnant portrait du fondateur de WikiLeaks et cybermilitant australien Julian Assange, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Elle le suit dans son travail quotidien, avec ses équipes, puis seul, dans les quelques mètres carrés accordés par l’ambassade d’Equateur à Londres, où il a trouvé refuge en juin 2012 pour échapper à des demandes d’extradition. Journaliste de formation, minutieuse dans son approche d’un sujet on ne peut plus complexe, Laura Poitras donne corps aux menaces invisibles contemporaines. Son regard est curieux mais juste et la réalisatrice capte également la personnalité mystérieuse de son protagoniste principal. Talentueuse est discrète, Laura Poitras est considérée comme « anti-américaine » par son pays natal où elle ne peut plus revenir sans risquer des poursuites. Elle qui en est en vérité l’un des plus grands atouts.

Texte & photo : Pamela Pianezza

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#Cannes2016 « Personal affairs », de Maha Haj : folies douces à la frontière israélo-palestinienne

Maha Haj a longtemps été enseignante en littératures arabe et anglaise. Ceci jusqu’à ce qu’un ami – un certain Elia Suleiman, comme elle originaire de Nazareth – lui propose de s’occuper des décors de son nouveau film, LE TEMPS QU’IL RESTE (nous sommes en 2009). Une première pour Maha Haj qui tente l’expérience, y prend goût, et devient l’une des « art directors » les plus courues de Palestine. « J’ai appris sur les tournages comment penser, comment devenir cinéaste », se souvient celle dont le premier long métrage, PERSONAL AFFAIRS (OMOR SHAKHSIYA) a été sélectionné au Certain Regard. Un récit familial choral ou chacun, de la grand-mère aux petits enfants, semble s’interroger : rester ou partir ? « Il était important pour moi de ne pas faire un film autour de la politique et rappeler que nous, les Palestiniens, avons également autre chose en tête, explique-t-elle. J’ai donc choisi l’ordinaire, la vie quotidienne et des anti-héros qui me ressemblent. ». Le résultat est un film simple et tendre, ponctué de surprenants moments de folie douce. Jusqu’à une scène finale d’une poésie sublime.

 

Texte & photo : Pamela Pianezza

 

 

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#Cannes2016 « Clash », de Mohamed Diab : very sad trip

Il fallait oser projeter en ouverture du Certain Regard un film aussi claustrophobique que ESTHEBAK (CLASH), second long film de l’Egyptien Mohamed Diab. Son premier long métrage, LES FEMMES DU BUS 678, dénonçait le harcèlement dont sont victimes les femmes égyptiennes au quotidien. Il avait valu au jeune réalisateur une aura de cinéaste-activiste durant la révolution égyptienne. CLASH nous embarque à nouveau au cœur du Caire, un jour de juillet 2013, peu de temps après la chute du président Mohamed Morsi (représentant démocratiquement élu des Frères musulmans, renversé par les militaires). Des milliers de manifestants occupent une ville à feu et à sang et la police, incapable d’identifier qui soutient qui, embarque indifféremment des partisans des deux camps. Le réalisateur opte alors un point de vue unique pour raconter l’absurde : celui d’un fourgon des forces de l’ordre à l’arrière duquel hommes, femmes et enfants vont devoir choisir entre rejouer l’affrontement politique dans ce huis-clos carcéral ou tenter de s’entendre pour survivre. « D’un point de vue occidental, le propos peut vous paraître évident, murmure Diab. Mais dans tout pays touché par une guerre civile, redevenir capable d’humaniser celui que l’on considère comme son ennemi serait déjà exceptionnel . »

Texte & photo: Pamela Pianezza